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Biographie

Si la fatigue, ou la négligence, vous a fait perdre le goût d'observer le ciel, alors un phénomène exceptionnel, survenu il y a 5 ans, vous aura sans doute échappé : l'apparition d'une nouvelle étoile. Pas un lointain et pâle scintillement. Pas le genre non plus à déchirer le velours d'une nuit d'un coup de griffe passionné sans lendemain, appelée " étoile filante ". Non, une vraie de vraie, qui à l'instar des plus brillantes sert de repère aux âmes troublées. Et sous laquelle tous les serments d'amour se veulent éternels: Malia.

Comment naît une nouvelle étoile ?

Selon un principe assez universel. Deux corps attirés l'un par l'autre par une force irrésistible entrent en fusion, échangent quelques cellules reproductrices, et voilà. Ce petit soleil ébauche ses premières lueurs en Afrique, dans un pays, le Malawi, dont beaucoup n'avaient jamais entendu parler avant son apparition. Dans cette galaxie lointaine, tiraillée entre la constellation du Lion, du Singe et du Lézard, elle semble encore hésiter sur la voie à suivre. Plus pour longtemps. A 14 ans, soit une nanoseconde dans la vie d'une étoile, elle débarque à Londres avec ses frères, ses s?urs, ses rêves de firmament, dans les bagages de ses parents, lui, anglais de souche, elle, africaine, pour la première fois au contact d'une jungle urbaine européenne. Mais leur union se désagrège bientôt et, perdue au milieu des éclats que produit cette séparation, Malia doit entreprendre seule la plus solitaire des aventures : se construire par elle-même. Heureusement qu'elle peut s'envoler chaque soir dans sa chambre vers d'autres étoiles, plus chevronnées. La lumière de la première, Billie Holiday, est si poignante qu'elle vous aveugle. Une autre, Sarah Vaughn, irradie un désir de vivre insolent. Une troisième, Nina Simone, vous incendie l'âme d'une colère pareille à la lave d'un volcan, en rouge et noir. Et toutes lui indiquent la même direction?

Comment une étoile vient-elle à percer l'anonymat ?

Il semblerait qu'une carrière d'étoile nécessite la complicité de deux principes plus ou moins denses et actifs selon les spécimens, mais l'un et l'autre absolument indispensables : le don et le travail. Malia commence sa carrière entre salles de restaurant bruyantes et cafés enfumés, où son service achevé, cette barmaid " pousse la chansonnette ". Le début d'une métamorphose qui s'accélère le jour où elle découvre l'existence d'un astronome de la chanson, André Manoukian. Mais laissons lui évoquer ce précieux instant " Je venais de terminer un album avec Charles Aznavour. J'étais si satisfait de ce projet que je me souviens avoir téléphoné à un ami pour lui annoncer que désormais, je n'allais plus faire de projet en développement. Juste après avoir raccroché j'ai reçu la cassette de cette chanteuse dont la voix, dès les premières mesures, m'a donné la chair de poule. Je crois que j'ai rappelé aussitôt mon ami pour lui dire qu'en fait, je venais de changer d'avis?" De ce coup de foudre réciproque naîtra un premier album en 2002, Yellow Daffodils, où André Manoukian offre à sa miraculeuse " trouvaille " un répertoire de compositions originales dont beaucoup possèdent l'évidence propre aux standards.

Comment peut-on perdre une étoile de vue?

Cela s'appelle une éclipse et peut s'expliquer de deux manières. Une seconde étoile, plus brillante, vient pâlir l'éclat de la première. Ou celle-ci change subitement d'emplacement de sorte que l'on finit par ne plus la voir. La première hypothèse ne tenant pas le choc -simplement parce que Malia est bien la meilleure chanteuse apparue depuis 10 ans- reste la deuxième. L'écoute de son second album, Echoes of Dream paru en 2004, nous édifie... " Au moment de l'enregistrer, nous étions encore dans l'énergie rock des concerts et moi et André avions envie de la même chose sur ce disque. " se souvient l'intéressée. " Je crois avoir joué " petit bras " reconnaît André pour sa part. Nous aurions dû partir en Louisiane et enregistrer avec des musiciens du cru pour donner une vraie touche bluesy. Au lieu de quoi j'ai voulu faire un compromis, et on s'est planté. " L'intérêt d'un échec étant qu'on en tire une somme considérable d'enseignements, voici Young Bones, troisième album, diamant à 14 faces, véritable éclat d'étoile qui éblouit et porte bonheur.



Over the Rainbows

" Cette fois, on a procédé à l'envers résume André. Elle avait des textes et j'ai composé des mélodies autour. Sans vraiment nous consulter on a retrouvé le chemin d'un certain classicisme musical où les ballades jazzy sont accompagnées par le piano, la contrebasse, la batterie et les cordes. " En joaillerie, on appelle ça un écrin. Et dès Mr Candy les promesses laissées en suspens depuis Yellow Daffodils s'accomplissent comme par enchantement, celle notamment d'être bien en présence d'une voix exceptionnelle dont l'émotion enrichit la sophistication, sans en devenir captive. Inutile de préciser que ce genre de ballade, que l'on jure écrite à la lumière tamisée d'un piano-bar, lui va comme un gant de soirée et que Malia lui donne ce petit quelque chose d'intemporel qui fait les grands classiques. Car elle chante l'amour avec cette sensibilité épanouie de celles qui y croient et le vivent, en portent d'ailleurs les cicatrices (Paul Kee). Elle chante aussi la ville avec l'émerveillement d'une jeune femme qui s'y promènerait pour la première fois, comme en témoignent Two Fugitives et City Promises, une bossa plus növo que nova. Pour autant ceux qui la considéreraient encore comme une interprète un peu futile, essentiellement préoccupée de romance et de mode (cf. Purple Shoes sur Yellow Daffodils) devront revoir leur jugement. Un récent voyage au Malawi, où elle a pris toute la mesure de son attache avec son pays d'origine, et conscience de la dignité de ce peuple si éprouvé (l'un des plus pauvres d'Afrique et des plus touchés par le SIDA), l'a aidée à devenir plus consistante en tant qu'auteur. Ainsi Wonderland et The Stem The Thorn and The Roses, cette dernière possédant la puissante solennité d'un hymne et la fragilité d'un lied romantique, constituent deux moments forts de ce disque, qui par ailleurs n'en dénombre aucun faible. Cette gravité inaccoutumée permet par contraste de faire ressortir l'optimisme de chansons comme Plus Je T'embrasse- une reprise de la chanteuse américaine Blossom Dearie interprétée en français avec cet accent français sexy- ou Salmon Colored Man, d'une gaieté contagieuse. Malia prouve ici combien une plus grande maturité humaine ne la prive en rien du privilège de pouvoir se montrer délicieusement légère. Cette amplitude intérieure semblant l'avoir doté d'assez d'autorité pour aborder des styles musicaux moins habituels, la soul sur Richer Than Bill Gates où elle se fait l'égale d'une Candi Staton, le folk électrique sur Black Bird. Ou pour s'attaquer avec réussite à une chanson de Radiohead, No Surprises, ou à une cover de la comédie musicale Hair, dont Nina Simone offrit une version de référence. Quant à Rainbows, en l'écoutant, on l'imagine petite fille levant les yeux vers le ciel, comme Judy Garland dans Le Magicien d'Oz, pour mieux rêver des étoiles.

Young Bones a été réalisé à Paris et en région parisienne, entre le studio d'André Manoukian et Ferber (avec l'ingénieur du son, René Ameline qui enregistra notamment la bande originale des Parapluies de Cherbourg). Sa texture sonore, où se mélangent grain jazz, soyeux orchestral et modernité électro, est une prouesse de raffinement. Young Bones est le fruit d'une collaboration entre André Manoukian et Malia qui, après 7 ans de travail en commun, atteint là toute sa plénitude. Et c'est bien la meilleure nouvelle que l'on pouvait recevoir d'une étoile.


01/2007

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